Eurafrique. Aux origines coloniales de l’Union européenne

, par  J.G.
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Quatrième de couverture :

Alors que l’Europe, jadis triomphante, se trouve ravagée, appauvrie et divisée au sortir de la Première Guerre mondiale, un concept prometteur se diffuse dans les milieux dirigeants et intellectuels du Vieux Continent : l’Eurafrique !
Faire du continent africain le ferment de l’unité européenne : tel est le projet de Richard Coudenhove-Kalergi, chantre du mouvement paneuropéen, et de nombre de ses contemporains dans l’entre-deux-guerres. Le salut de l’Europe, affirment-ils, repose sur sa capacité à exploiter en commun les richesses des colonies africaines. Rivalisant avec la puissance montante des continents américain et asiatique, l’Eurafrique deviendra ainsi le pôle dominant de la géopolitique mondiale.
Le projet eurafricain, un temps caressé par les régimes fascistes, renaît de ses cendres après 1945 et inspire les « fondateurs » de l’Europe : Jean Monnet, Robert Schuman, Paul Henri Spaak, Konrad Adenauer. La France, principale puissance coloniale d’Europe continentale, joue alors un rôle essentiel. Malmené en Indochine puis en Algérie, Paris s’accroche à ses possessions africaines et fait de leur inclusion dans le marché commun européen une condition sine qua non à sa participation à la construction européenne.
C’est ce dossier qu’ouvrent Peo Hansen et Stefan Jonsson. Proposant une analyse inédite des négociations qui aboutiront à la signature du traité de Rome en 1957, ils dévoilent un pan méconnu de l’histoire de l’Union européenne : ses origines coloniales.

Livre de Peo Hansen et Stefan Jonsson, Éditions La Découverte, coll. Sciences humaines, Paris, 2022. Traduit de l’anglais par Claire Habart. Préface d’Étienne Balibar.

Peo Hansen et Stefan Jonsson sont respectivement professeur de Sciences politiques et professeur d’Ethnic Studies à l’Institute for Research in Migration, Ethnicity and Society (REMESO) de l’Université de Linköping (Suède).


Extrait p. 75 et 76 :

« La ruée vers l’Afrique se déroule sous le prétexte d’abolir l’esclavage et d’apporter la civilisation en Afrique - au nom de ce qu’on appelle en France la “mission civilisatrice” et, en Grande-Bretagne, le “fardeau de l’homme blanc”, d’après un célèbre poème de Rudyard Kipling. Dans ce contexte, l’Afrique est décrite comme un continent vide, une terra nullius, à l’image de ces portions encore vierges de la carte qui fascinent tant le personnage principal du chef-d’œuvre incontournable de Joseph Conrad consacré à la colonisation, Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness). Dès 1879, dans un célèbre discours, Victor Hugo exhorte ses compatriotes à s’emparer de ces espaces vacants : “Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra. Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la ! À qui ? À personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu donne l’Afrique à l’Europe. Prenez-la !” [1] »


[1Victor Hugo, « Discours sur l’Afrique du 18 mai 1879 », Actes et paroles. Depuis l’exil, vol. 2, Nelson, Paris, sans date, p. 133.

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