Tocilizumab et l’essai clinique de l’AP-HP : le comité de suivi a démissionné

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« Ce week-end, un nouveau comité de suivi de l’étude a été mis en place avec pour mission de remettre sur de bons rails un essai entaché de soupçons depuis la démission le 30 avril des experts initialement chargés de vérifier son sérieux.

Une grosse claque. C’est ce que viennent d’encaisser les chercheurs de l’AP-HP en charge de conduire un essai clinique sur le Tocilizumab, un anticorps monoclonal utilisé habituellement dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Le 27 avril, par voie de communiqué, l’AP-HP s’était félicitée de ce qu’aux vues des premières conclusions de l’étude, ce traitement “améliore significativement le pronostic des patients” sévèrement touchés par le Covid. Et le groupe hospitalier de justifier cette annonce prématurée au regard des exigences scientifiques, par des “raisons éthiques”.

Démission du comité de suivi

Patatras. Comme le révèle la dernière édition du Canard enchaîné, la diffusion de cette information n’a pas été du tout du goût des membres du comité indépendant de surveillance et de suivi des données, seuls habilités à valider les résultats de l’essai. Lesquels l’ont fait savoir sans attendre. Dans un mail adressé au patron de l’AP-HP au soir du 27 avril, les scientifiques font alors part de leur “profonde réserve sur les résultats communiqués” et de leur “inquiétude quant au fonctionnement de la recherche sur cet essai”. Plus précisément, la conduite de l’étude souffre, selon eux, de “nombreux dysfonctionnements”, tels une modification suspecte des critères en cours de route… Des petits arrangements scientifiquement inadmissibles. Pour marquer sa désapprobation, le comité de suivi a remis sa démission le 30 avril.

Fin de l’aventure pour le Tocilizumab ? Pas vraiment. C’est même le contraire. Depuis mi-avril, ce traitement anti-inflammatoire s’est largement imposé dans les hôpitaux parisiens, qui le prescrivent désormais très souvent à “titre compassionnel” (faute de mieux) aux patients atteints de pneumonie sévère en réanimation ou sur le point d’y être admis. “C’est dommage ce qui s’est passé avec l’essai clinique de l’AP-HP car les cliniciens qui l’utilisent croient à cette molécule”, soupire Yasdan Yasdanpanah, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat. Et les Italiens bien avant les Français.

Diminution des transferts en réanimation

Dès la fin mars, le professeur Paolo Ascierto de l’Institut Pasquale de Naples avait signalé les bienfaits cliniquement observés du Tocilizumab sur des patients sévères. C’est dans ce contexte que l’AP-HP avait lancé un vaste essai clinique “randomisé” (avec groupe de contrôle) portant sur 129 patients, selon une méthodologie conforme aux critères de la communauté scientifique internationale.

À plus petite échelle et avec une prétention à publication moindre, l’hôpital privé Foch de Suresnes (Ile-de-France) avait lui aussi décidé d’expérimenter la molécule sur 29 patients graves. Or le 24 avril, ce dernier établissement s’était félicité d’avoir obtenu des résultats prometteurs, le Tocilizumab ayant diminué de moitié ses besoins de transferts en réanimation. D’où peut être la précipitation de l’AP-HP à vouloir communiquer sur son propre essai, même non finalisé… Le retour de bâton est sévère. Pour autant, ce n’est sans doute que partie remise pour le Tocilizumab. Le week-end dernier, l’AP-HP a installé un nouveau comité de suivi indépendant sur son essai. Avec mission de le remettre sur de bons rails. » Nathalie Raulin

Source : Nathalie Raulin, « Tocilizumab : l’essai clinique de l’AP-HP caviardé, brisé, mais libéré », liberation.fr, 6 mai 2020.

Communiqué de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) du 27 avril 2020

Voir en ligne : Coronavirus et Chloroquine. Didier Raoult sur Martin Hirsch : « je ne suis pas sûr qu’il ait testé beaucoup de molécules dans sa vie ».

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