"Qu’est-ce que Vanguard, ce fonds actionnaire de Pzifer, Johnson & Johnson ou Moderna ?" Par Elsa de La Roche Saint-André

, par  J.G.
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« Vous nous interrogez sur le fonds d’investissement américain The Vanguard Group. Dans le contexte de la pandémie, le groupe est souvent évoqué pour les parts importantes qu’il détient dans le capital de plusieurs laboratoires ayant développé et commercialisé des vaccins anti-Covid. Sur Twitter notamment, les publications virales à ce sujet se multiplient ces derniers jours, comme ce thread indiquant que “le 1er actionnaire de Pfizer est le groupe Vanguard. Le 1er actionnaire de Johnson & Johnson est le groupe Vanguard. Le 3e actionnaire d’AstraZeneca est le groupe Vanguard. Le 4e actionnaire de Moderna est le groupe Vanguard. Le 3e plus grand actionnaire de Sanofi est le groupe Vanguard ”.

Effectivement, le groupe Vanguard, deuxième plus grand fonds d’investissement au monde après BlackRock, possède des actions dans chacune de ces sociétés. Vanguard est bien le premier actionnaire de Pfizer, avec près de 8 % des parts, selon le site du média américain CNN Business. C’est également le premier actionnaire de Johnson & Johnson, dont le groupe possède quelque 8,5 % du capital. Et ses 6,3 % de parts au sein de Moderna en font le deuxième actionnaire de la biotech, après Baillie Gifford, un autre fonds d’investissement (britannique). Avec des parts moins importantes, Vanguard fait aussi partie des actionnaires d’AstraZeneca ou de Sanofi. Le fonds est également un des plus gros détenteurs d’actions d’autres groupes pharmaceutiques, comme Eli Lilly ou encore Abbvie.

Premier actionnaire des Gafam

Au-delà du domaine médical, The Vanguard Group détient des parts dans dans une myriade de grandes sociétés, notamment dans les fleurons de l’économie américaine et mondiale. Ainsi, c’est le premier actionnaire de toutes les entreprises formant l’acronyme “Gafam”, avec 7,2 % des actions d’Alphabet (qui regroupe toutes les sociétés détenues par Google), 7,3 % d’Apple, 7,3 % du groupe Meta (nouveau nom de Facebook), 6,2 % d’Amazon, et 7,8 % de Microsoft, toujours selon CNN Business.

Pour autant, être premier actionnaire ne signifie pas être actionnaire majoritaire. Le second possède plus de la moitié des parts d’une entreprise, tandis que le premier est simplement l’actionnaire détenant la quantité la plus importante d’actions dans un groupe, et peut l’être alors même qu’une faible proportion des titres lui appartient. Le statut de premier actionnaire ne donne donc pas nécessairement le pouvoir de peser sur les décisions d’une société.

Si Vanguard figure officiellement comme propriétaire des titres dans ces différentes entreprises, ceux-ci ne lui appartiennent pas directement. Un fonds d’investissement est en effet constitué de sommes mises en commun par les investisseurs, au nombre, dans le cas de Vanguard, de plus de 30 millions “dans environ 170 pays, au 31 janvier 2021 ”, selon le site du groupe. Les montants ainsi réunis sont placés dans différents produits financiers (en premier lieu des actions, mais aussi des obligations ou bons du Trésor) qui sont ensuite gérés par Vanguard en tant que société de gestion d’actifs, dont l’activité repose sur une large équipe d’employés, “environ 17 300 aux Etats-Unis et à l’étranger ”. Ainsi, le groupe fait figure d’intermédiaire entre les investisseurs d’une part, et les organisations (entreprises ou Etats) au sein desquelles il investit leur argent, d’autre part.

Fonds passifs

La logique suivie par les fonds d’investissement dits gestionnaires d’actifs relève d’une “stratégie de diversification ultime ” de leur capital, indique Fabien Foureault, chercheur en sociologie économique. “Afin de limiter les risques, ils cherchent à diluer leurs investissements entre une myriade d’entreprises. ” Contrairement aux fonds de capital-investissement qui vont viser des entreprises non cotées en développement ou en redressement dans l’optique d’une plus-value à moyen ou plus long terme terme.

Les fonds de gestion d’actifs, eux, “cherchent à acquérir des parts dans le plus grand nombre d’entreprises ”, et “balayent l’ensemble du spectre de l’économie ”, poursuit Fabien Foureault, auteur de l’ouvrage le Capital en action : comment les fonds d’investissement prennent le contrôle des entreprises. De par leurs positions minoritaires dans les entreprises, ces fonds sont considérés comme “passifs ”. Ce qui, précise Fabien Foureault, “ne signifie pas qu’ils n’ont pas de pouvoir du tout, mais leur influence va être plus indirecte et plus structurelle ”.

Avec BlackRock et State Street Global Advisors, Vanguard forme le groupe des “Big Three”, celui des trois fonds d’investissement gérant les plus gros capitaux d’actifs financiers. Ce statut fait d’eux les actionnaires de référence d’un grand nombre de multinationales, ont montré en 2017 trois chercheurs de l’université d’Amsterdam dans un article sur “le Pouvoir caché des Big Three”. “En assemblée générale, ils votent en général dans le sens du management d’entreprise ”, résume Fabien Foureault. Et s’opposent ainsi aux fonds “activistes ” qui défendent leurs propres positions et intérêts au sein des conseils d’administration. Les gestionnaires d’actifs “n’ont pas un pouvoir d’influence direct puisqu’ils ne prennent pas le contrôle des entreprises, mais peuvent voter contre le management s’il ne les satisfait pas ”, nuance le sociologue.

Secteur en croissance

Dans cette diversification de leur capital, les gestionnaires d’actifs peuvent donc être amenés à acquérir des parts au sein d’entreprises du secteur pharmaceutique. Parmi les fonds indiciels – fonds de placement qui reproduisent fidèlement un indice (le CAC40 français ou le SP 500 américain) en y intégrant des parts dans toutes les entreprises – que Vanguard propose à ses clients investisseurs, figure justement un actif intitulé “Health Care”, qui “comprend les actions des sociétés impliquées dans la fourniture de produits, services, technologies ou équipements dédiés à la médecine ou au soin ”. Et inclut donc les laboratoires pharmaceutiques dont le groupe Vanguard est actionnaire. Mais ce n’est qu’une référence parmi des dizaines figurant dans l’offre de fonds de placement de la société.

Il est logique que le secteur pharmaceutique fasse partie des plus privilégiés par les fonds de gestion d’actifs. “Etant donné l’opportunisme fondamental de ces acteurs ”, ils investissent dans les secteurs qui leur rapportent le plus et sont en croissance, explique Fabien Foureault. “Or, le secteur pharmaceutique est historiquement très rentable, grâce au système des brevets. Et comme la crise du Covid-19 n’est pas près de se terminer, c’est un secteur qui a des perspectives de croissance encore forte. ” Avec la pandémie et le lancement de campagnes vaccinales, les groupes pharmaceutiques qui produisent ces vaccins ont ainsi, pour la plupart, explosé en Bourse, au premier rang desquels Novavax, Moderna et BioNTech (allié à Pfizer pour le développement de son vaccin). » Elsa de La Roche Saint-André

Source : liberation.fr le 15 janvier 2022.

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