Peut-on affirmer, comme Adrien Nonjon, que le régiment Azov et le Corps national sont deux entités distinctes ? Peut-on affirmer, comme Adrien Nonjon, que le régiment Azov est peu imprégné du culte de Stepan Bandera ?

, par  John Groleau
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Depuis le 24 février 2022, Adrien Nonjon, doctorant en histoire à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), est présenté par la très grande majorité des médias français comme un « spécialiste de l’extrême droite ukrainienne ». Dans l’une de ses dernières interventions sur Le Journal du Dimanche le 25 mai dernier, il déclare que « Contrairement aux autres formations militaires nationalistes comme Aïdar ou le bataillon Sainte-Marie, le régiment Azov n’est que peu imprégné du culte de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de ses figures tutélaires comme Stepan Bandera », en rajoutant également que le « Corps National étant une émanation politique d’Azov, et ses militants étant pour la plupart des vétérans revenus à la vie civile, il est normal que des relations existent avec le régiment. Pour autant, les deux entités sont distinctes et n’aspirent pas aux mêmes objectifs. » [1]

Déjà dans un article du 11 avril 2022 de Simon Coutu, reporter pour le service de l’information de Radio-Canada, on pouvait lire le passage suivant : « Le bataillon Azov a été intégré à la GNU [Garde nationale ukrainienne] en 2014 à la suite des premiers accords de Minsk. Il serait donc “dépolitisé”, selon le chercheur à l’INALCO Adrien Nonjon. Il n’aurait alors plus de liens avec le Corps national, le parti du fondateur du régiment Azov, Andriy Biletsky.

“Tant les séparatistes que l’Ukraine se sont engagés dans une volonté de désescalade”, fait-il observer. “Ils ont intégré ces éléments subversifs pour pouvoir les surveiller et les contrôler. C’est un corps militaire comme un autre et je dirais même que c’est une unité d’élite au sein de la Garde nationale ukrainienne. On pourra toujours dire qu’il y a des liens qui existent, mais ils sont plutôt informels, basés sur une camaraderie, parce qu’ils ont tous été au front.”

Toutefois, pour Oleksiy Kuzmenko, qui est aussi l’auteur d’un rapport pour l’université George Washington sur les contacts entre les militaires occidentaux et des membres du groupe d’extrême droite ukrainien Ordre militaire Centuria, il ne fait aucun doute que le régiment Azov entretient toujours des liens avec le parti d’extrême droite Corps national, malgré un vernis politiquement correct.

“Pour commencer, jusqu’au début de la nouvelle agression de la Russie, le centre de recrutement du régiment à Kiev partageait un emplacement avec les bureaux du parti au centre ATEK d’Azov. Il est aussi important de souligner que le chef actuel du régiment, Denis Prokopenko, et son adjoint, Svyatoslav Palamar, sont tous deux membres depuis 2014 et ont servi sous Biletsky. Le fondateur du régiment Azov et d’autres leaders du Corps national ont d’ailleurs continué à visiter le régiment avant la guerre. J’ajouterais aussi qu’en 2019, le régiment s’est rangé du côté du mouvement civil lorsqu’il a perturbé la campagne de réélection du président Petro Porochenko. Finalement, la faction armée d’Azov a accueilli l’aile jeunesse du Corps national en août 2021 dans le cadre d’un entraînement.” » [2]

Selon Adrien Nonjon, « les deux entités [régiment Azov et Corps national] » seraient donc « distinctes » et « le régiment Azov » ne serait « que peu imprégné du culte de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de ses figures tutélaires comme Stepan Bandera »…

Regardons d’un peu plus près…

Andriy Biletsky

Le néonazi Andriy Biletsky est l’un des fondateurs du régiment Azov. Celui-ci « a mentionné en 2008 que la mission de l’Ukraine consiste à “mener les races blanches du monde dans une croisade finale… contre les Untermenschen [les sous-humains] dirigés par les Sémites”. » [3] Il se retira du commandement d’Azov fin 2014 afin de s’engager dans la vie politique, et il participa à la fondation en octobre 2016 du Corps national. Le 26 septembre 2020, il était présent au côté de Denis Prokopenko lors d’une cérémonie organisée tous les ans par le régiment Azov en l’honneur de la mémoire de ses membres tués au combat.


Après en avoir fait la promotion sur sa chaîne YouTube le 4 mars 2022 [4], le Corps national (Національний Корпус) multiplie actuellement sur son compte Twitter les retweets du « Ukrainian Struggle Centre ». Ce « centre d’information international », reprenant une vidéo publiée un jour auparavant par le Corps national [5], a écrit dans un tweet datant du 18 mars 2022 le passage suivant : « Andriy Biletsky, Chief Commander of #AZOV Forces, calls on the world community to support the Ukrainian military. »

Retweet par le Corps national du « Ukrainian Struggle Centre » - 18 mars 2022


Déjà huit jours plus tôt dans un autre tweet de leur part, il était déjà question du « The commander of #AZOV Territorial Defense Andriy Biletsky ». Il semble que le chef du Corps national ait repris du service avec le régiment Azov et en tant que commandant en chef…

Retweet par le Corps national du « Ukrainian Struggle Centre » - 10 mars 2022


Deux autres cadres du Corps national illustrent la grande porosité entre les deux organisations.

Maxim Jorin

Maxim Jorin (Максим Жорін) fait partie de l’instance dirigeante du parti Corps national [6].

Capture d’écran - site du Corps national - 26 mai 2022


Sur la chaîne YouTube du Corps national, une rubrique lui est consacrée [7].

Il a été interviewé à la fin du mois de mars 2022 successivement par France Info [8] en tant que « commandant en second dans le régiment Azov », et par France 2 [9] sans être présenté d’ailleurs comme un membre du Corps national...

Maxim Jorin - « commandant en second dans le régiment Azov » - France Info - 27 mars 2022


Maxim Jorin - France 2 - 31 mars 2022


Mykola Kravchenko

Décédé le 14 mars 2022, Mykola Kravchenko (Микола Кравченко) est « l’un des co-fondateurs du régiment Azov et un idéologue bien connu du nationalisme ukrainien ». Il était l’un des leaders majeurs du Corps national et le « principal idéologue du mouvement Azov » [10]

Décès de Mykola Kravchenko le 14 mars 2022



Mykola Kravchenko, l’un des co-fondateurs du régiment Azov et un idéologue bien connu du nationalisme ukrainien


Le 14 octobre 2020, il était présent à la Marche de commémoration de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) qui était la branche militaire de l’OUN. Les commandants historiques de l’UPA, organisation ayant participé à l’extermination des Juifs en Ukraine et au massacre de Polonais [11], furent Stepan Bandera et Roman Choukhevytch. Ci-dessous, il ne faut pas manquer le passage à partir de 7 min d’un extrait du reportage réalisé en direct par Radio Svoboda [12], filiale russe du média américain Radio Free Europe/Radio Liberty financé par le Congrès américain, car on y voit distinctement Mykola Kravchenko et Maxim Jorin en tenue militaire « Azov » devant le bâtiment principal de l’Administration du Président de l’Ukraine au moment où le Corps national mène une action morbide qui interroge...


Parmi les organisateurs de cette manifestation, on retrouve le parti Svoboda, le Corps national et le Secteur Droit (Pravy Sektor). Déjà en 2014, des membres de ce dernier mouvement avaient participé à cette Marche avec le bataillon Azov, en présence notamment d’un certain Denis Prokopenko.

Denis Prokopenko à la Marche de commémoration de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) en 2014


Denis Prokopenko à la Marche de commémoration de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) en 2014


Le Corps national participe également début janvier à la marche aux flambeaux à l’occasion de la date anniversaire de Stepan Bandera...

Source : unian.ua


Факельное шествие к сто двенадцатой годовщине со дня рождения Степана Бандеры. Киев, 1 января 2021 года


En compagnie du néonazi Oleh Tyahnybok, président du parti Svoboda, Mykola Kravchenko a également participé aux « Lectures Bandera » [13] organisées par le « centre de recherche Ukrainian Studies of Strategic Disquisions » dirigé par Yurii Syrotiuk (Юрій Сиротюк) [14].

Yurii Syrotiuk directeur du « centre de recherche Ukrainian Studies of Strategic Disquisions »



Corps national – Secteur Droit – Svoboda : des liens étroits

Yurii Syrotiuk fut présenté par le journal Le Monde simplement comme un « chercheur » dans un article datant du 22 janvier 2022 [15]. Pourtant en 2012, Yurii Syrotiuk était le porte-parole de Svoboda, et il avait déclaré à l’encontre de Gaita-Lurdes Essami, née de l’union d’un père congolais et une mère ukrainienne, qui allait représenter l’Ukraine à l’Eurovision : « L’Ukraine sera représentée par une personne qui n’est pas de notre race […] Elle n’est pas une représentante organique de notre culture. Les téléspectateurs vont finir par croire que notre pays se trouve sur un autre continent, quelque part en Afrique. » [16]

hromadske.radio 19 novembre 2015
Copie


« J’aurai préféré que la représentante de l’Ukraine à l’Eurovision offre un spectacle plus en phase avec la culture ukrainienne, ce qui n’est pas le style de Gaitana » avait rajouté Oleh Tyahnybok. Concernant ce dernier, il est indispensable de (re)voir l’excellent documentaire du journaliste Paul Moreira, « Ukraine : les masques de la révolution », diffusé en février 2016 par Canal +.

Oleh Tyahnybok


Oleh Tyahnybok et Joe Biden


Oleh Tyahnybok et Victoria Nuland


Yurii Syrotiuk a partagé en 2019 ses « Lectures Bandera » avec Dmytro Kotsyubaylo, membre du Secteur Droit [17].

Dmytro Kotsyubaylo - Yurii Syrotiuk - Lectures Bandera - 2019


Signalons au passage que Dmytro Kotsyubaylo a reçu la plus haute distinction d’Ukraine des mains de Volodymyr Zelensky le 1er décembre 2021 [18].


Avant d’être élu, Zelensky avait déclaré sur Stepan Bandera qu’« Il était l’un de ceux qui ont défendu la liberté de l’Ukraine » … [19] Le président ukrainien a donné également en mars dernier « le titre de héros de l’Ukraine avec l’Ordre de l’Étoile d’or » à Denis Prokopenko ; il avait déjà décoré le commandant « officiel » du régiment Azov le 24 août 2019 de l’ « Ordre de Bohdan Khmelnytsky, classe III ». Au XVIIe siècle, les forces de l’hetman (chef cosaque) Bohdan Khmelnytsky ont massacré des milliers de Juifs ukrainiens.


Les relations étroites entre les trois formations principales de l’extrême droite ukrainienne se sont concrétisées en mars 2017 avec la signature d’un Manifeste par Andriy Biletsky, Oleh Tyahnybok et Andriy Tarasenko, chef du Secteur Droit [20].


Cette initiative a été soutenue « par l’OUN (dirigé par Bohdan Chervak), le Congrès des nationalistes ukrainiens (dirigé par Stepan Bratsyun) et l’organisation [néonazie] C14 (dirigée par Serhiy Mazur) ». Il ne faut pas passer à côté des points 5, 7, 8, 18, 19 et 20 à la lecture de ce document… Le point 2 concerne la formation d’une nouvelle unité européenne : l’Union Baltique-Mer Noire (Coopération Intermarium… ?).

Sous la bonne étoile de l’Empire américain et de son cheval de Troie : l’OTAN…

Le 23 mai 2022, le « centre de recherche Ukrainian Studies of Strategic Disquisions » et son directeur Yurii Syrotiuk publiait un article intitulé « Pourquoi l’OTAN a besoin de l’Ukraine » dans lequel il est précisé que « L’adhésion à l’OTAN a été déclarée objectif stratégique de l’Ukraine, inscrit dans la Constitution. » [21]

Yurii Syrotiuk - « Pourquoi l’OTAN a besoin de l’Ukraine »


Il y a quelques années, on retrouvait Joe Biden et Victoria Nuland au côté d’Oleh Tyahnybok. Actuellement, c’est Victoria Spartz, membre de la Chambre des représentants des USA et d’origine ukrainienne, qui accompagne des membres du SOF AZOV, unité formée le 24 février 2022 à Kiev par des vétérans du régiment Azov [22].

Retweet par le Corps national du « Ukrainian Struggle Centre » - 16 mai 2022 - Victoria Spartz


Victoria Spartz avec des membres du SOF régiment AZOV

Victoria Spartz avec des membres du SOF régiment AZOV

Victoria Spartz et Joe Biden


Au siècle dernier, les milieux d’affaires américains ont fait du Big business avec Hitler. Seuls les désinformés de Business Finance Macronnerie peuvent être surpris par la tournure des événements…

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